Buccellati, l'art de l'orfèvrerie italienne
Fondée à Milan en 1919 par Mario Buccellati, la maison Buccellati a porté l'orfèvrerie italienne à un sommet de raffinement. Héritier des techniques de la Renaissance, son fondateur fut surnommé par le poète Gabriele D'Annunzio le « prince des orfèvres », et habilla aussi bien les cours royales d'Europe que le Vatican. Entrée dans le groupe Richemont en 2019, l'année de son centenaire, la maison demeure ancrée à Milan, où ses ateliers perpétuent un art du métal ciselé reconnaissable entre tous.
Du jeune apprenti au prince des orfèvres
Tout commence avec un homme et une vocation précoce. Mario Buccellati, né à Ancône en 1891, n'a que douze ans lorsqu'il entre en apprentissage chez les orfèvres Beltrami e Besnati, au cœur de Milan, entre la Scala et la Galleria. Il y assimile la tradition millénaire de l'orfèvrerie italienne, jusqu'à en maîtriser tous les secrets. En 1919, il reprend l'atelier de ses maîtres et y appose son propre nom. Sa réputation est fulgurante : en quelques mois, son talent attire l'aristocratie et les têtes couronnées. C'est l'écrivain Gabriele D'Annunzio, séduit par la finesse de ses pièces, qui lui décerne le titre resté célèbre de « prince des orfèvres ».
Ce qui distingue Buccellati, c'est la continuité d'un savoir-faire transmis de main en main. Mario puise dans l'orfèvrerie de la Renaissance, non pour l'imiter mais pour la réinventer, et confie peu à peu son art à ses fils, dont Gianmaria, qui porte la maison à l'international et affine ses techniques. Aujourd'hui encore, la famille reste étroitement associée à la maison, qu'incarnent Andrea Buccellati et sa fille Lucrezia. Passée sous le pavillon du groupe Richemont en 2019, l'année même de son centenaire, la maison a conservé ses ateliers en Italie, où chaque pièce naît du travail patient de la main. De génération en génération, c'est le même geste qui se transmet, garant d'un style demeuré fidèle à lui-même depuis plus d'un siècle.
L'or ciselé comme une étoffe
La signature de Buccellati ne tient pas d'abord à ses pierres, mais à la manière dont le métal est travaillé. La maison a fait revivre des techniques de gravure héritées de la Renaissance, qu'elle a élevées au rang d'art. Le rigato trace dans l'or de fines lignes parallèles qui en adoucissent l'éclat et évoquent la soie ; le telato croise ces lignes pour imiter la trame d'une toile de lin ; le segrinato multiplie de minuscules entailles en tous sens pour obtenir une surface veloutée ; l'ornato cisèle fleurs et motifs, tandis que le modellato sculpte le relief. De ces gestes naît un or qui ne ressemble à aucun autre, vivant et texturé comme une véritable étoffe.
À cet art de la gravure s'ajoute le tulle, technique d'ajourage qui perce le métal pour en faire une dentelle d'or aux alvéoles régulières, semblable à un nid d'abeille. C'est elle qui donne leur légèreté aux pièces de la collection Opera, quand le rigato habille les manchettes de la ligne Macri. Buccellati aime associer l'or jaune et l'or blanc, et choisit des pierres aux teintes rares — turquoise, corail, jade ou tourmaline — moins pour leur éclat que pour la façon dont elles dialoguent avec le métal. Car ici, la gemme ne domine pas : elle est mise en valeur par l'écrin ciselé qui l'entoure. Chaque création passe par les mains d'artisans réunis dans les ateliers italiens de la maison, où une seule pièce peut demander de longues heures de travail.
L'élégance milanaise du détail
L'esthétique de Buccellati puise à deux sources : l'élégance de la Renaissance et la nature, dont les fleurs, les feuillages et les alvéoles nourrissent le répertoire de motifs. De là vient cette impression singulière, presque paradoxale, d'un bijou à la fois somptueux et retenu. Rien n'y crie : la richesse se loge dans le détail, dans la profusion des gravures plus que dans la taille des pierres. Cette discrétion majestueuse, les Italiens la nomment milanesità — l'art milanais de l'élégance sans tapage. Une bague, un bracelet manchette ou une paire de pendants d'oreilles Buccellati se reconnaissent au premier regard, non à un logo, mais à la texture même de leur or.
Au fond, la maison défend une certaine idée du luxe : celle où l'intérêt d'un bijou tient au temps et à la maîtrise qu'il a demandés, plus qu'à la taille de ses pierres. Buccellati s'adresse à un regard averti, capable de lire dans une surface gravée des heures de patience et un savoir séculaire. Porter l'une de ses pièces, c'est faire le choix d'une distinction qui se passe d'ostentation, et d'une beauté qui se révèle de près. C'est aimer l'objet rare, façonné à la main, que l'on garde et que l'on transmet comme on transmet un goût et une mémoire. Une joaillerie qui parle d'abord aux amateurs sensibles à l'émotion d'un geste d'artisan, plus qu'à l'effet immédiat d'une pierre.